Skip to main content

La courte histoire du réseau Quebec Anglophone Heritage Network après 10 ans d’existence

Version imprimableVersion imprimable

Le réseau Quebec Anglophone Heritage Network (QAHN) célébrera son dixième anniversaire le 25 juin 2010, soit dix ans après sa conférence inaugurale tenue à Lennoxville. Plus de 130 délégués, provenant de tous les coins de la province, s’étaient réunis pour le lancement de ce nouvel organisme. QAHN est né du désir d’explorer et de promouvoir l’histoire et le patrimoine du Québec d’un point de vue anglophone. Autrement dit, ce réseau souhaitait sensibiliser davantage la population sur cette page de notre histoire écrite par des gens qui s’exprimaient en anglais.

Le QAHN est l’héritier de cette fascination éternelle envers le patrimoine (« construit », « naturel » et, moins tangible celui là, « oral ») qui, depuis le début du 19e siècle, a mené à la création de musées et de sociétés d’histoire, ainsi qu’à des projets plus importants comme la Commission des lieux et des monuments historiques. Plus précisément, ce réseau dérive de deux tendances de l’expérience québécoise des trente ou quarante dernières années, soit la dévastation provoquée par la rénovation urbaine et d’autres formes de commercialisation, ainsi que le discours sur l’identité linguistique et ethnique qui se poursuit depuis la Révolution tranquille.

La première de ces deux tendances est bien familière aux Montréalais de longue date ainsi qu’à ceux qui étudient l’histoire de l’architecture de la ville. Ces gens se rappelleront la démolition généralisée du cœur de la ville pendant les années 1960 et le début des années 1970, qui voulait faire place au développement commercial. Les règlements de conservation de l’époque étaient notoirement laxistes. Malgré les quelques efforts déployés par la ville afin de préserver le quartier historique, il semblait impossible de freiner la destruction d’édifices individuels ou même de quartiers complets qui manquaient d’une soi disant distinction architecturale. Le projet Milton Parc et la perte de la maison Van Horne ont provoqué, tout particulièrement, un activisme communautaire et la création de groupes comme Héritage Montréal. Depuis le milieu des années 1970, il y a une révolution dans le domaine de la conservation du patrimoine. Celle ci se fonde sur une conviction profonde que recycler d’anciens édifices de façon créative est non seulement logique d’un point de vue architectural et environnemental, mais que ces actions contribuent à créer des espaces urbains habitables et favorisent la conservation d’un lien direct avec le passé.

La préservation d’anciens édifices n’est toutefois pas une tâche facile. Les collectivités à l’extérieur des centres urbains étaient souvent mal équipées pour freiner la décrépitude qui s’attaquait à d’importantes structures patrimoniales. Elles n’avaient pas accès aux ressources nécessaires pour faire l’acquisition des biens immobiliers à protéger, et étaient encore moins en mesure de les maintenir de façon à ce qu’ils demeurent utiles. De plus, les infrastructures sociales et démographiques nécessaires à la viabilité de ces édifices recyclés faisaient souvent défaut et il y a une limite au nombre de centres communautaires à mettre en place dans une collectivité. De nombreux activistes du patrimoine anglophones se heurtaient à un autre obstacle, soit tenter de comprendre une foule de renseignements et de règlements présentés presque entièrement en français. Puisque l’engagement dans les sociétés d’histoire constitue généralement la chasse gardée des retraités et même des aînés, ces membres étaient, et demeurent, très souvent mal à l’aise avec la langue française. Mis à part cette difficulté, à la fin des années 1990, les gens engagés dans des questions de patrimoine à l’échelle régionale ont senti le besoin d’acquérir une formation spécialisée et de partager leurs expériences avec d’autres gens qui se trouvaient dans des situations semblables. Ils souhaitaient particulièrement communiquer avec les résidents des régions éloignées de la province, qu’ils n’auraient probablement jamais rencontrés autrement.

Les sociétés d’histoire et de musées, à Montréal et à l’extérieur de l’île, se consacraient originalement à la promotion de leur histoire locale, la limite d’intérêt étant généralement dirigée par d’anciennes désignations municipales. Dans la plupart des cas, les lieux et les personnalités historiques de la région étaient commémorés indépendamment de leur identité linguistique et ethnique. La composition de la société de commémoration reflétait la collectivité globale et la langue utilisée lors des réunions était déterminée par les membres. Dans tout le Québec, il existait également de nombreuses sociétés anglophones qui continuaient de fonctionner en anglais malgré le fait que les grandes municipalités des environs étaient devenues majoritairement francophones. D’autres se concentraient principalement sur le patrimoine défini comme étant « de langue anglaise » par souci de sauvegarde de son histoire, par exemple un personnage anglophone important ou une institution qui fonctionnait en anglais. Des préoccupations se sont également fait sentir, non seulement parmi les anglophones, par rapport au fait que l’expérience des locuteurs de l’anglais pourrait être oubliée à mesure que le Québec explorait son histoire et son identité, faisait la promotion du français en tant que langue naturelle et laïcisait ses institutions publiques originalement d’ordre religieux. Que l’histoire même des anglophones ait évolué en dents de scie, marquée d’innombrables divisions ethniques et religieuses, donnait encore plus d’importance au caractère essentiel d’une compréhension dans toute sa complexité.

La promotion de cette expérience anglophone nécessitait une vaste organisation à l’échelle provinciale. La plupart des groupes patrimoniaux étaient, et demeurent, des membres de la
Fédération de sociétés d’histoire du Québec (FSHQ). Il s’agit d’un organisme de services d’encadrement qui offre des occasions annuelles de réseautage, bien qu’elles soient essentiellement en français. Par contre, dans les Cantons de l’Est, le nombre de groupes membres anglophones était suffisant pour tenir des réunions régionales régulières en anglais. Durant la deuxième moitié de 1999, les membres du « chapitre » des Cantons de l’Est de la FSHQ se sont rendu compte que ce modèle pouvait être appliqué à toute la province et qu’un réseau parallèle de sociétés de langue anglaise serait une façon pratique de partager des opinions et de comparer des expériences dans le contexte global que constitue la vie au sein d’une société francophone. Des recherches ont révélé qu’un tel réseau serait admissible à du financement du ministère du Patrimoine canadien en vertu de ses programmes d’appui aux langues officielles. Les organisateurs ont alors formé un comité d’orientation et ont déposé une demande de subvention de démarrage de Patrimoine canadien afin de tenir un colloque exploratoire. Ce rassemblement est à l’origine de l’heureuse fondation du réseau Quebec Anglophone Heritage Network, le 25 juin 2000. Il est intéressant de noter que deux des premiers membres du conseil d’administration étaient francophones.

Pendant dix ans, le QAHN a régulièrement réuni des membres lors d’événements de réseautage et de colloques traitant de sujets spécifiques, par exemple Historians at Work (Université McGill, mai 2003), Les deux solitudes : mythes et réalités (FSHQ et Collège Maisonneuve, Montréal, octobre 2004), Sister Societies (Temple maçonnique, Montréal, avril 2008) et Roots Quebec (Centre Morrin, Québec, octobre 2008). Le QAHN a également entrepris de nombreux projets à l’échelle provinciale, ou du moins multirégionale, dont les évaluations de cimetières à risque, de projets d’histoire orale et de collections d’artisanat peu connues. L’organisme a également tenu une série d’ateliers sur les différents aspects juridiques de la préservation. Les assemblées générales annuelles ont lieu dans des endroits d’intérêt historique, comme le Musée David M. Stewart situé sur l’Île Sainte Hélène, le Collège Macdonald situé à Sainte Anne de Bellevue ou la Maison Smith située sur le mont Royal.

Au cours des dernières années, le QAHN a fait un effort particulier pour établir des liens dans la ville de Montréal, soit un secteur présentant une immense proportion du patrimoine anglophone de la province, mais où les sociétés d’histoire sont étonnamment peu nombreuses. La diversité culturelle pose également un défi, c’est à dire que de nombreux Montréalais s’exprimant couramment en anglais, et dont les parents et grands parents ont probablement appris l’anglais plutôt que le français, ne se définissent pas aujourd’hui en tant qu’anglophones. Aussi étrange que cela puisse paraître à un étranger, il s’agit d’un problème typique de la réalité démographique du Québec. Jusqu’à un certain point, le QAHN se trouve accablé par son propre nom. Le terme « Anglophone » qu’il contient a été adopté pour des raisons juridiques, mais il se trouve que ce mot peut en rebuter plus d’un, puisqu’il semble soulever le spectre des droits des anglophones ainsi que celui tout aussi trompeur d’une concentration exclusive sur les questions britanniques. Ces obstacles ont été rencontrés et ensuite surmontés en grande partie au cours d’un colloque très réussi tenu au Musée McCord en avril 2007, Montreal Mosaic: A Symposium and Cultural Fair, qui a rassemblé des gens de diverses origines ethniques, religieuses et linguistiques afin de partager des histoires et des expériences relativement au efforts continus qu’exige la vie à Montréal. Grâce à de la musique, de la danse et des mets provenant de tout un éventail de cultures, la « mosaïque montréalaise » demeure un modèle pour l’exploration des questions identitaires du Québec d’aujourd’hui.

Mosaïque montréalaise, le magazine Web, qui se fonde sur ce modèle, offre un forum continu pour fouiller ces questions, pour présenter un héritage anglophone dans sa forme la plus vaste et la plus créative, et pour raconter des histoires. Il devrait se révéler un outil de réseautage essentiel pour le QAHN alors qu’il amorce sa deuxième décennie.