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Oh! Mon Dieu! Oh! Montréal!

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Au tout début de la dépression des années 1930, on a créé un établissement à Montréal, lequel fait dorénavant partie intégrante de la mosaïque linguistique. Tout comme le pays, cet établissement a grandi en taille, raffinement et diversité linguistique. Il a également connu certaines difficultés, mais son but a toujours été la croissance intellectuelle et l’intégration des individus dans la communauté (anglophone), la province et la nation. De plus, son produit a évidemment été exporté à l’international, et ce, au bénéfice du monde entier.

« Sir George Williams? Pardon, qui? L’Université Concordia? Je ne comprends pas. » Permettez moi…

Tout près du quartier montréalais que l’on surnommait le Golden Square Mile se trouve un secteur qui a subi des changements de rang et de style. Situé entre les rues Sherbrooke et Sainte Catherine sur l’axe nord sud et entre les rues Stanley et Guy sur l’axe est ouest, le Golden Square Mile a connu des moments de splendeur et de déchéance. Néanmoins, il constituait et constitue toujours un haut lieu non seulement pour les Montréalais cherchant à améliorer leurs possibilités, mais surtout pour les nouveaux arrivants du pays, qui ont besoin de découvrir comment s’intégrer à la société en général.

La faculté d’adaptation linguistique et les attestations d’études vont de pair. L’Université Sir George Williams/Concordia constitue un microcosme de ce que
Montréal représente pour les immigrants de partout au monde ayant choisissant de s’établir au Canada. Voici l’expérience vécue par Emily Cambron :

« Je suis arrivée d’Europe en 1948 pour m’établir au Canada sous les auspices de l’Organisation internationale pour les réfugiés. On m’offrait un contrat d’un an en tant que travailleuse domestique. Je recevais 35 $ par mois en plus d’être logée et nourrie. Je suis arrivée avec une valise vide et seulement 2 $ en poche. J’avais 18 ans et je ne connaissais personne au Canada, destination que j’avais choisie bien que de nombreuses autres options aient été offertes. L’Organisation internationale pour les réfugiés, créée par les Nations Unies, avait entrepris la tâche de réinstaller les trois millions de “personnes déplacées” vivant dans différentes régions de l’Europe occupées par les Forces alliées. Je croyais que l’anglais et le français que j’avais appris au secondaire me donneraient une longueur d’avance. J’avais tort. Personne ne me comprenait à cause de mon accent et moi non plus je ne comprenais personne. »

Madame Cambron s’est donc rendue à Sir George où elle a fini par apprendre la dactylo et obtenir deux diplômes. Elle est devenue heureuse et a très bien réussi.

Cet exemple est relativement récent. Il en existe beaucoup d’autres, car des milliers et des milliers d’autres étudiants internationaux et immigrants sont arrivés par vague pendant des dizaines et des dizaines d’années. Au milieu des années 1970, l’Université a reconnu la situation et a lancé son programme porte étendard, soit le programme de formation d’enseignants en langue seconde. Au même moment, elle a également mis sur pied des cours pour les nouveaux arrivants, tant des cours à unités que des cours populaires. Près de quarante ans plus tard, ces cours sont toujours offerts et des milliers d’étudiants d’ALS s’y inscrivent chaque année.

(En ce qui concerne le rôle de l’anglais à Montréal, je considère que le français et l’anglais sont toutes les deux des langues véhiculaires répandues internationalement. De plus, je n’oublie jamais le lien étroit qui existe entre les deux, ni le fait que 40 % du vocabulaire anglophone provient du français. Les étudiants, particulièrement les internationaux, adorent voir ces deux langues et cultures qui cohabitent.)

Un des professeurs d’ALS a comparé sa classe à un microcosme de politiques mondiales : il y a eu des Vénézuéliens durant les années 1970, des Iraniens vers la fin de cette même décennie, des Vietnamiens, puis des Chinois qui n’ont cessé de venir en très grand nombre. Ensuite sont arrivés les gens du Moyen Orient, de l’Europe orientale, et maintenant d’Afrique. Actuellement, une des classes d’ALS, qui compte 20 étudiants, comporte 14 différentes nationalités!

Il s’agit du portrait plus formel de la situation, mais regardons comment les interactions ont changé les points de vue et les objectifs des gens. Par exemple, parmi le groupe de 20 étudiants cité précédemment, l’on retrouve deux magnifiques jeunes femmes africaines très compétentes, l’une est originaire du Rwanda et l’autre de la Guinée. Ces deux femmes se sont également inscrites à des programmes offerts en mandarin!

Passons maintenant à des sujets autres que scolaires. Il suffit de se promener dans les environs pour constater le merveilleux parfum cosmopolite du quartier. L’épicerie iraquienne, située à côté de la Banque TD, elle vaut le détour. L’on peut s’y procurer de la mélasse de raisin du Liban, du miel d’Iran, de la confiture de framboises d’Égypte, de l’huile d’olive de la Syrie et toute sorte d’autres articles d’un peu partout au monde. Pour sa part, le supermarché du coin offre des variétés de fruits séchés et de légumes frais que l’on ne trouvait pas il n’y a pas si longtemps à Montréal.

Observer les femmes et les hommes sur la rue, vêtus de leurs costumes nationaux dont certains ne laissent paraître que leurs yeux, constitue une expérience savoureuse, quoique quelque peu déconcertante par moment. Puis, bien sûr, les mois passent et ces piétons concrétisent de plus en plus leurs objectifs et passent à autre chose. Toutefois, ces gens sont remplacés au fur et à mesure que de nouveaux groupes arrivent.

Évidemment, il ne s’agit que d’un petit segment de la mosaïque anglophone de Montréal, mais il est dorénavant si bien connu qu’il attire les immigrants et les étudiants de partout au monde. Il contient de nombreuses histoires, espoirs et rêves différents sur lesquels nous reviendrons.
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L’auteure n’est pas qu’une spectatrice désintéressée, au contraire elle a été influencée par cet établissement pendant plus d’un demi siècle. De plus, elle a été engagée dans le programme d’enseignement en langue seconde pendant plus de 35 ans. Elle préside maintenant un comité créé pour célébrer la communauté géorgienne qui se prépare à fêter son 75e anniversaire en 2012.

Barbara Barclay