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Réflexions : Towanna Miller, artiste

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The Sound of InspirationQu’est-ce qui vous a incitée à vivre ici et à devenir « montréalaise »?
J’ai grandi à New York, mais durant les vacances scolaires je faisais l’aller-retour entre New York et le Canada. Ma grand-mère habitait sur le territoire mohawk de Kahnawake, ce qui explique nos fréquentes visites. J’ai également vécu dix ans à Santa Fe au Nouveau-Mexique, où j’ai terminé mes études collégiales à l’Institute Of American Indian Art (1983-1986). Un peu avant la mort de ma grand-mère, je suis revenue vivre à Kahnawake.

Quelles identités artistiques avez-vous développées en vivant et en travaillant dans cette communauté?

La source de mon inspiration est la suivante : « Qu’est-ce que signifie être mohawk? ». Je crois que je suis en train de devenir une conteuse d’histoires. Plusieurs me demandent la signification de mes œuvres.

Two Row WampumQuel a été le cheminement historique des communautés auxquelles vous vous identifiez? Ce cheminement se reflète-t-il dans vos œuvres?
Oui, absolument. J’ai commencé par raconter nos contes iroquois sur la création, des légendes transmises oralement de génération en génération. En ce moment, je fais des peintures iroquoises 3D sur céramique pour montrer les différents styles de tessons de céramique brisés, exposés dans les musées. Je montre à quoi ressemblerait une poterie si elle était intacte. À l’heure actuelle, un débat sur notre identité secoue les membres de notre communauté, un sujet très épineux. J’ai fait une peinture où l’on voit l’une de nos ceintures wampum que l’on appelle « la ceinture de wampum à deux rangs1 ».

J’ai aussi réalisé des peintures sur nos jeux, comme le jeu d’hiver du « serpent des neiges » et le jeu de hoop. Nos prophéties seront le thème de ma prochaine série de peintures.

Quels sont les rapports entre vos diverses identités artistiques?
Durant de nombreuses années, j’ai été une danseuse du pow-wow qui écoutait le son des tam-tams. J’assiste également aux cérémonies traditionnelles de la « maison longue », où nous dansons pour le Créateur. La musique est une grande source d’inspiration de ma peinture. J’ai aussi travaillé comme adjointe administrative durant de nombreuses années, ce qui m’a donné les outils nécessaires pour apprendre à réseauter et à contacter les centres culturels aux États-Unis et au Canada.

Depuis plus de 25 ans, je travaille avec des perles et je les intègre à mes peintures. Comme j’ai de multiples talents, j’aime les amalgamer dans mes créations. Je confectionne aussi des coiffes iroquoises, appelées Kustowa. Si vous regardez dans mon armoire, il y a des chaussures de sport pour aller un peu partout avec mes enfants, des souliers à talon haut pour mes rendez-vous d’affaires et j’ai aussi des mocassins pour les cérémonies ou les fêtes. Je suis multidimensionnelle comme dans mon travail.

Our Bear FastedComment vos identités ont-elles évolué avec le temps?
La pratique est la seule chose qui mène à la perfection. Mes peintures 3D sur céramique inspirent de nombreux artistes à utiliser mon style. Avec leurs couleurs vives et leur texture, mes œuvres sont tout à fait contemporaines. J’ai commencé à travailler avec de la peinture à l’huile. Aujourd’hui, la majorité de mes peintures sont en acrylique en raison de la rapidité avec laquelle je peux produire en utilisant cette matière. Mais très bientôt, je prévois utiliser l’huile pour beaucoup d’autres peintures. Je poursuis sans cesse mon évolution et j’essaie toujours d’en apprendre davantage sur notre histoire et sur nos contes, que j’aimerais faire connaître aux sept prochaines générations, j’entends par là, faire en sorte que ces histoires soient encore vivantes dans le futur.

Comment et pourquoi utilisez-vous l’anglais?
Malheureusement, c’est la seule langue que j’ai apprise. Ma grand-mère, qui parlait couramment le mohawk, avait six ans lorsqu’elle a été envoyée dans un pensionnat « indien ». En plus d’être victime d’abus, elle a été témoin d’abus faits aux enfants qui osaient parler mohawk. Elle a été renvoyée à Kahnawake à l’âge de 14 ans. Elle n’a donc pas appris à participer à nos cérémonies ni à pratiquer notre artisanat traditionnel; elle n’avait aucun contact avec les membres de sa famille. Elle a appris à avoir peur. Elle interdisait à ses enfants de parler leur langue de peur qu’ils soient méprisés et abusés. Ces enfants, c’étaient mes tantes, mes oncles, ma mère. Voilà pourquoi la génération suivante, dont je fais partie, n’a jamais parlé mohawk à la maison. L’anglais est la seule langue qu’on m’a enseignée. Je suis heureuse de pouvoir dire que nous sommes revenus au point de départ. Mes enfants sont inscrits à l’« Indian Way School », où ils apprennent à lire, à écrire et à parler le mohawk. Ils peuvent être fiers de parler leur langue. Au moins, ils ne subissent pas les souffrances et le fardeau qu’a endurés ma grand-mère.

Mohawk Portrait with beads Quels sont les défis à relever pour les artistes d’aujourd’hui?
Je ne peux parler qu’en mon nom. Selon moi, l’un des problèmes est lié à la barrière linguistique. Je ne sais ni lire, ni écrire, ni parler le français. Par conséquent, je ne peux pas m’adresser à aucun organisme culturel dans ma propre province, le Québec. Un autre problème — les coûts qu’entraîne le fait d’avoir trop d’expositions. J’ai été invitée à Hawaii et à Monaco. J’ai dû refuser parce que je n’avais pas les moyens d’y aller. Chaque année, je dois choisir avec soin les événements auxquels je participerai. Cette année, j’ai été au Village d’artisanat autochtone des Jeux olympiques 2010 de Vancouver. Si j’ai pu y aller, c’est grâce au soutien du Sahantie Community Fund. En 2008, j’ai exposé à l’« Artist Project » de l’Artropolis à Chicago, situé dans le Merchandise Mart. L’économie était mauvaise. Il y avait plus de 700 exposants, et ils n’ont presque rien vendu. Les gens n’achetaient pas des œuvres d’art. Gagner sa vie avec son art est donc un autre défi. Je trouve qu’il est plus rentable de recevoir des commandes d’articles promotionnels, comme des affiches, pour arrondir les fins de mois. Le marketing est un outil superflu pour promouvoir une carrière artistique. Vous pouvez être le meilleur artiste au monde, mais si personne ne voit vos œuvres, personne ne vous connaît.

Towanna Miller
mohawk-artist@hotmail.com
P.O. Box 1585
Kahnawake, Quebec

RÉFÉRENCE:
1) La ceinture de wampum, mieux connue sous le nom de wampum à deux rangs, rappelle le traité signé en 1613 par les Haudenosaunee.
Vous dites que vous êtes notre père et que je suis votre fils. Nous disons que nous ne serons pas père et fils, mais que nous serons des frères. Cette ceinture de wampum confirme nos paroles. Ces deux rangs symboliseront deux chemins ou deux vaisseaux, longeant ou descendant ensemble la même rivière. L’un d’eux, un canot en écorce de bouleau, sera pour les Indiens d’Amérique, leurs lois, leurs coutumes et leur mode de vie. L’autre bateau sera pour les Blancs, leurs lois, leurs coutumes et leur mode de vie. Nous descendrons ensemble la rivière, côte à côte, mais chacun dans notre propre bateau. Ni l’un ni l’autre ne décrétera de lois impératives ou n’interviendra dans les affaires internes de l’autre. Ni l’un ni l’autre ne tentera de s’emparer de la barre du vaisseau de l’autre.

Le peuple Haudenosaunee estime que ce traité est encore en vigueur. En outre, la tradition Haudenosaunee prétend que l’accord de la ceinture de wampum à deux rangs durera « aussi longtemps que brillera le soleil sur cette terre; telle sera la durée de NOTRE accord; deuxièmement, aussi longtemps que coulera la rivière; et troisièmement, aussi longtemps que verdira l’herbe à une période spécifique de l’année. Nous venons de symboliser un accord qui nous lie pour toujours, aussi longtemps que Mère Nature sera en mouvement ».

Avec l’aimable autorisation de : http://en.wikipedia.org/wiki/Guswhenta_%28Two_Row_Wampum_Treaty%29