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Souvenirs de Verdun

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Verdun change. Comme un grand nombre d’anciens quartiers ouvriers de l’île de Montréal, cet arrondissement abrite de nouveaux immigrants venus du monde entier et des artistes à la recherche d’un loyer bon marché. Pourtant, durant une grande partie du 20e siècle, cette petite ville ouvrière regroupait des personnes d’expression française et anglaise. Ces immigrants provenaient de la campagne, d’autres d’Écosse, d’Irlande et d’Angleterre et ils rêvaient de se bâtir une nouvelle vie dans des immeubles sans ascenseur, de deux ou trois étages, le long des avenues. Contrairement à Montréal, divisée linguistiquement, Verdun était une communauté à la fois bilingue et multiculturelle, avant même l’invention de ce terme. Pour ceux qui connaissent mal Verdun, je précise qu’il s’agissait, avant 2002, d’une municipalité autonome située sur l’île de Montréal.

Vers la fin du 19e siècle, période où Verdun voit le jour, ses fondateurs décident que le territoire ne sera pas souillé par les émanations nocives des industries ni entaché par les vices associés à l’alcool ou à la prostitution. En effet, Verdun est demeurée sans établissements de débit d’alcool durant la majeure partie du 20e siècle et sans aucune industrie. Par ailleurs, il y avait plusieurs églises, dont les nombreuses activités constituaient une importante source de distractions pour les citoyens de Verdun, avant l’ère de la télévision et d’Internet.

Une autre caractéristique unique de Verdun est son isolement géographique par rapport au reste de Montréal. Son territoire est délimité par l’eau sur trois côtés : au sud, par le fleuve Saint-Laurent; au nord, par l’aqueduc de Montréal; et vers Montréal, par le canal qui, jusque dans les années 1950, ne pouvait être traversé qu’en utilisant un pont tournant. Verdun fonctionnait donc davantage comme un village qu’une banlieue. Cette municipalité avait sa rue principale (la rue Wellington), ses cinémas, une salle de danse, sa station de radio bilingue (CKVL), et bien sûr, sa promenade, le « Coney Island » des Montréalais. C’était un endroit tranquille pour les personnes à revenus modestes, désireux d’y élever leur famille. La seule stigmatisation associée au fait de grandir à Verdun était le caractère bagarreur de ses habitants. Une grande partie de cette réputation reposait sur l’association de Verdun aux sports organisés, la ville étant l’hôte de nombreuses équipes sportives gagnantes appartenant à des écoles et ayant fourni plusieurs joueurs et entraîneurs de hockey à la LNH.

Vers la fin des années 1960, les familles d’expression anglaise se sont éloignés de Verdun pour se diriger vers l’ouest ou vers les nouvelles banlieues de la Rive-Sud. L’introduction du libre-échange dans les années 1980 et le départ du sud-ouest du secteur manufacturier ont éliminé un grand nombre d’emplois. Par la suite, Verdun allait connaître des moments difficiles avec une baisse de la population et une augmentation du nombre de personnes sur l’aide sociale.

En automne 2006, le Centre communautaire Dawson m’a demandé de créer une série d’ateliers sur l’histoire de Verdun, destinés aux aînés. Desservant la communauté d’expression anglaise de Verdun, Dawson était conscient de l’extinction de cette génération qui avait construit la ville et connu son « âge d’or ». En créant ce projet sur l’histoire de la ville, le Centre visait à offrir aux personnes du troisième âge un autre type de stimulation que les habituels jeux de cartes ou de fléchettes et à fournir à la communauté un grand service en recueillant des anecdotes d’une génération en voie de disparition.

Pour recueillir ces anecdotes, j’ai utilisé une approche qui s’appuie plus sur l’art que sur la science. Après avoir donné quelques ateliers, j’ai formé un noyau d’historiens passionnés par Verdun. Les membres du groupe ont réellement commencé à se lier quand j’ai introduit un atelier de cartographie où ils devaient dessiner la carte de leur premier quartier. Cette activité a permis l’échange d’un grand nombre d’anecdotes. De là, nous sommes passés aux collages inspirés de notre enfance. Une courtepointière du groupe a suggéré de mettre les collages sur des tissus et de les coudre ensemble pour faire une courtepointe. Voilà comment est née la courtepointe Verdun Memories (souvenirs de Verdun). Aucun mot ne parvient à décrire le plaisir que nous avons éprouvé en réalisant ce projet. À part moi, personne n’avait encore réalisé de collage, mais tous s’y sont appliqués avec entrain et amabilité. Plusieurs de ces bons moments ont été captés sur une vidéo intitulée Cutting, Pasting and Remembering, réalisée par Leila Marshy. La première de la vidéo a eu lieu en janvier 2008, lors de la conférence Sharing Authority à l’Université Concordia. Ce document est accessible sur le site Web du projet Verdun Memories.

Le site www.verdunmemories.org du projet Verdun Memories affiche également une carte interactive (Talking Map) où figurent d’autres anecdotes sur la ville de Verdun. Je me propose de continuer à recueillir les histoires racontées par les aînés, mais j’aimerais y ajouter celles de nouveaux arrivants. Nous avons besoin d’autres projets similaires à celui-ci, des projets auxquels participeront les personnes et les communautés désireuses d’explorer activement ce que veut dire le partage des souvenirs. Narrer ses souvenirs de vive voix, devant des témoins, crée de nouveaux rapports entre les gens et les groupes tout en permettant de communiquer de l’information souvent perdue si les gens n’ont pas l’occasion d’évoquer leurs souvenirs.

Kathryn Harvey, PhD
5 mars 2010

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