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Une brève histoire de Greenfield Park

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Pour avoir un bon aperçu de ce qu’est aujourd’hui la ville de Greenfield Park, il importe de retourner presque cent ans en arrière, en 1911, l’année de la fondation de cette municipalité. À l’époque, tout le territoire était agricole, abandonné ou envahi par la végétation. À peine cinq milles plus loin, de l’autre côté du Saint-Laurent, Montréal était en plein essor. Les immigrants, souvent issus de villes surpeuplées britanniques, arrivaient au Canada dans l’espoir d’améliorer leur sort, mais ils aboutissaient fréquemment dans des quartiers industriels, pauvres, pollués et à l’espace restreint, comme Pointe Saint-Charles et Griffintown.

larger_GPK Streetcar Chur & Hub. c'45.jpgParmi les premiers pionniers du Greenfield Park actuel, certains achetaient une terre dans l’intention d’y vivre uniquement l’été et de permettre à leurs enfants de respirer l’air frais durant une partie de l’année. Mais en 1912, avec la mise en service jusqu’à Greenfield Park du train électrique banlieue de la Montreal and Southern Counties Railway, une autre vague d’immigrants allait faire l’acquisition de terres afin d’y vivre en permanence. La plupart préféraient s’installer près de la gare pour pouvoir prendre le train aisément et se rendre à Montréal en 15 minutes. Comparé aux régions environnantes, les terrains étaient bon marché et leur grande superficie permettait aux habitants de sauver de l’argent en y faisant pousser leurs propres légumes.

Greenfield Park FloodsUn problème, tenu secret par les vendeurs, était dû à l’existence de trois cours d’eau qui traversaient le « Park » - le nom affectueusement donné à la municipalité par ses habitants. Lors du dégel au printemps, les embâcles de glace causaient des inondations, et les maisons ressemblaient à de petites îles au milieu de vastes lacs. Les travailleurs de la municipalité luttaient vaillamment pour permettent à l’eau de recommencer à circuler librement, mais ce travail était à refaire tous les jours jusqu’au réchauffement de la température. Il fallait par la suite attendre des semaines pour être capable de marcher sur les routes boueuses sans porter de « billy boots ».

Presque tous les habitants travaillaient à la ville sauf six ou sept entrepreneurs intrépides qui avaient ouvert de petits magasins afin de desservir la population locale. Pour se procurer des articles qui sortaient de l’ordinaire, il fallait aller les acheter à Montréal ou se rendre en tramway à Saint-Lambert. Cette situation est demeurée la même durant presque 50 ans, même si les fonctionnaires municipaux offraient des terrains à bas prix et des taxes à des taux raisonnables à tous ceux qui étaient prêts à ouvrir une entreprise.

En 1920, pratiquement toutes les familles comptaient un ou deux membres nés en Angleterre, en Irlande ou en Écosse. La ville affichait un énorme patriotisme à l’égard de l’Empire britannique. Nombreux sont ceux qui prétendent que Greenfield Park, de toutes les villes canadiennes par pourcentage de population, a fourni le plus grand nombre d’hommes à l’armée durant les deux guerres mondiales.

larger_GPK 5 Mile Rd. Race 3 Chur.1922.jpgLa chose qu’on oublie souvent de mentionner est l’esprit civique de la communauté. De 1912 à 1940, les dirigeants municipaux ont organisé la fête du jour de la Confédération, le 1er juillet, un événement qui attirait tous les habitants de la Rive-Sud. Sa course de cinq milles (Five Mile Road Race) était considérée comme la plus importante au Canada. Ce jour-là, chaque enfant de la communauté recevait gratuitement de la crème glacée, une véritable gâterie, particulièrement durant la Grande Dépression.

À ses débuts, la municipalité encourageait les garçons et les filles à participer à des sports et à des activités de loisirs. En 1930, l’équipe de balle-molle pour les filles, les Greenfield Cardinals, était l’une des meilleures équipes de la ligue de balle-molle féminine majeure de Montréal. Durant des décennies, les équipes du Park ont dominé les ligues de la Rive-Sud, même si elles étaient souvent en compétition contre des villes avec le triple de sa population. L’engouement pour le sport des citoyens de Greenfield Park est encore aussi vivace aujourd’hui.

Durant les premiers temps, presque tous les habitants étaient pauvres, mais chaque famille était prête à partager ce qu’elle avait avec ses voisins pour les aider à subsister. Dans bien des cas, ces familles donnaient du charbon ou de la nourriture aux personnes défavorisées sans rien attendre en retour. Cet esprit de partage a persisté jusque dans les années 1950 avec l’organisme Sunshine Girls. Ces personnes s’évertuaient à améliorer la qualité de la vie des personnes vulnérables ou avec des problèmes de santé. Le service d’incendie bénévole est un autre exemple de ce que faisaient les « Parkers » pour aider leurs voisins. Ce climat d’entraide subsiste aujourd’hui grâce à des organismes comme la Popote Roulante et les paniers de Noël de Greenfield Park. Le bénévolat est quelque chose qui a toujours distingué Greenfield Park des autres communautés.

En 1932, le boulevard Taschereau fut construit dans le cadre des améliorations apportées au réseau routier du Québec. Ce boulevard est en fait devenu la route de ceinture de la Rive-Sud. Vers la fin des années 1950, la vision du maire Lawrence Galletti a donné lieu à la construction de vastes centres commerciaux sur cette voie. Les citoyens des communautés environnantes se sont mis à affluer vers Greenfield Park pour faire leur magasinage. Parallèlement à ce développement commercial et à la construction de l’Hôpital Charles-LeMoyne, de nouvelles rues s’ouvraient, année après année, offrant des centaines de maisons de plain-pied à bas prix. Toutefois, lorsque que les communautés voisines, comme Brossard, ont commencé à prendre de l’ampleur avec la construction du pont Champlain, le développement commercial sur Taschereau s’est également dirigé vers le sud. La tendance fut donc d’ignorer le « Park », car presque tous ses terrains avaient été développés. Les centres commerciaux de Brossard subissent aujourd’hui le même phénomène alors que de nouveaux établissements ouvrent leurs portes le long de l’autoroute 30, la deuxième route de ceinture sur la Rive-Sud.

Durant les années 1950, la population était 85 % anglophone, mais au début des années 1960, au moment où de nouvelles agglomérations poussaient comme des champignons, le pourcentage de francophones a graduellement commencé à s’accroître pour atteindre 40 %. Dans les années 1970, à la suite de la crise du FLQ et de l’élection du Parti Québécois, les anglophones se sont mis à quitter massivement le Québec pour se diriger vers l’Ontario, la Colombie-britannique et l’Alberta. L’une des raisons : la mauvaise qualité du français enseigné dans les écoles; l’autre, la prise de conscience de nombreux anglophones que leurs mauvaises connaissances du français pouvaient nuire à leur carrière. Ils se mirent donc à déménager vers l’ouest. Mais tous partaient le cœur lourd et avec un amour pour Greenfield Park qui est loin d’être éteint. Bien que Greenfield Park soit aujourd’hui un arrondissement de Longueuil (une majorité de « Parkers » ont récemment voté en faveur de la défusion, mais comme trop peu de citoyens se sont déplacés le jour du scrutin, la ville a perdu sa chance), il y aura encore une célébration du centenaire en 2011 qui attirera des centaines d’anciens « Parkers » dans la ville qu’ils considèrent toujours comme la leur, même s’ils n’y vivent plus depuis 35 ans.

Aujourd’hui, la population d’expression anglaise s’établit à presque 35 %; anglophones et francophones s’entendent mieux que jamais. Peut-être est-ce dû aux programmes d’immersion en français qui ont permis aux plus jeunes anglophones de parler le français couramment et de ne pas avoir peur, comme leurs grands-parents, d’entamer une conversation avec un voisin d’expression française.

Bien que la ville ait peu de bâtiments d’intérêt historique et que la population d’expression anglaise soit réduite de moitié par rapport à ce qu’elle était auparavant, nous, les membres de la Greenfield Park Historical Society, voulions nous assurer que l’on se souvienne des laborieux efforts des premiers habitants de la ville. Et c’est ainsi que nous avons écrit deux livres et créé deux vidéos dans l’espoir de préserver notre précieuse histoire.

John Riley
Greenfield Park Historical Society